Le vagabond - lettre d'octobre

Du Groenland au Nunavut, où Vagabond s’installe pour l’hiver

L’éconavigation vue par le Vagabond 15 août 2011, détroit de Smith, entre Canada et Groenland Par France Pinczon du Sel et Eric Brossier

La traversée de l’Atlantique a été éprouvante. La débâcle tardive a engendré une navigation inédite, périlleuse et magique. Notre sinueux parcours témoigne des tempêtes, puis des batailles livrées dans les glaces, et reflète les difficultés rencontrées pour mieux connaître l’Arctique et son évolution. Vagabond reste fidèle à sa vocation. Ces derniers jours, il a pu ravitailler en eau une équipe danoise d’ornithologues sur leur île escarpée, fournir une cartographie terrestre manquante à une équipe internationale de géologues... mais aussi transporter des Groenlandais d’un village à un autre !

Vagabond est prisonnier de glaces épaisses, en provenance de l’océan Arctique, et dérive à 3 km/h vers le sud. Les scientifiques sont au travail. Christian Haas, professeur de géophysique de la glace de mer à l’Université d’Alberta à Edmonton (Canada), fait une carotte de glace dans une plaque de banquise pluriannuelle, pour en connaître sa composition (chlorophylle, pH et salinité). Avec l’aide de sa fille et assistante Léa, il va ensuite mesurer l’épaisseur de ce morceau de banquise avec un glaciomètre électromagnétique. Pendant ce temps, Mary O’Brien, océanographe à l’Institut des Sciences de l’Océan à Sidney (Colombie-Britannique, Canada), descend la bathysonde (CTD), entre les glaces de surface et jusqu’au fond de l’océan, pour enregistrer salinité et température en fonction de la profondeur. La mission «Vagabond Ice and Ocean Cruise 2011» bât son plein! Outre les “ice stations” de Christian, et les séries de profils CTD de Mary, deux stations météo ont été visitées et entretenues pendant la mission, sur les îles Littleton et Brevoort, de part et d’autre du détroit de Smith. C’est en partie par ce détroit, sous haute surveillance, que les glaces polaires sont expulsées de l’océan Arctique vers le sud. De nombreux ours nous ont observés faire ces mesures durant la mission, ainsi que des troupeaux de phoques et même, quelle chance, un banc de narvals ! Les nuits furent souvent courtes et irrégulières : ce sont les glaces, la météo et les travaux de terrain qui donnent le rythme. Finalement, en arrivant à Grise Fiord le 20 août, au terme de la mission, nous partagions tous la satisfaction de l’équipe scientifique. Avant de partir, les scientifiques nous ont confié leurs instruments pour l’hiver, avec un programme de mesures inédit. Notre petit équipage familial a commencé, la semaine dernière, par récupérer une bouée océanographique et par faire une série de profils CTD (salinité et température) dans le détroit de Fram, à 200 km à l’ouest de Grise Fiord. Les mesures se poursuivront lorsque le site d’hivernage sera déterminé. En ce mois de septembre, l’heure est à la préparation de Vagabond pour le long hiver, qui s’annonce déjà avec les premières neiges ! Il s’agit d’une part de choisir un site à proximité de fonds intéressants, et à distance raisonnable du village afin de pouvoir échanger avec les inuit, tout en privilégiant le meilleur abri pour la sécurité de Vagabond. D’autre part, il faut compléter l’avitaillement (carburants divers et vivres), commander les dernières pièces détachées, trouver des chiens et un traîneau, achever certaines formalités administratives... Ilapiloo («au revoir» en Inuktitut) et à bientôt.


Published Thursday 6 October 2011

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